Florian Besson

  • Universitaires, scientifiques et historiens
  • Français

Présentation

Historien médiéviste, engagé dans la diffusion de la recherche, Florian Besson travaille depuis plusieurs années sur les médiévalismes contemporains, en particulier sur les réseaux sociaux et dans la fantasy. Il a codirigé un ouvrage sur Kaamelott, participé à la rédaction du Dictionnaire de la fantasy dirigé par Anne Besson et, plus récemment, à celle du site internet de la BnF consacré à la fantasy. Avec Justine Breton, il a écrit un ouvrage consacré à Game of Thrones (Une histoire de feu et de sang. Le Moyen Âge de Game of Thrones), à paraître début mars aux PUF.

Programme

05 Mai 2020

Le réalisme historique en question

A côté des combats contre les dragons, une des scènes classiques des romans de fantasy est celle qui voit le héros, ou l’un de ses acolytes, se plonger dans de vieux grimoires, si possible poussiéreux, pour y dénicher une vérité essentielle à l’intrigue – après des recherches qui sembleront, à qui est un tant soit peu familier d’un véritable dépôt d’archives, étonnament faciles… Gandalf découvre ainsi la vérité sur l’Anneau Unique dans un parchemin de la main d’Isildur ; Garion déchiffre péniblement les vieux codex emplis de prophéties ; Richard Rahl devient un véritable chercheur professionnel, développant ses compétences archivistiques et paléographiques au fil des tomes de la saga.

Game of Thrones ne déroge pas à la règle et propose de nombreuses scènes se déroulant dans des bibliothèques ou des dépôts d’archives, mettant généralement en scène Samwell Tarly, plus rarement Tyrion. Cela n’a rien d’un hasard : les deux personnages, porteurs des valeurs les plus « modernes », par opposition à la brutalité « médiévale » des autres personnages, semblent à leur place dans ces univers de livres et de papiers. On peut même penser qu’il y a là comme un clin d’oeil au lectorat type de la fantasy : quand Sam, ce personnage maladroit, célibataire et plus qu’un peu enrobé, s’enthousiasme pour les trésors des archives de Châteaunoir face à un Jon un peu sceptique quant à leur utilité réelle, n’est-ce pas une façon discrète, à mi-chemin entre l’ironie et l’affection, de jouer avec le cliché du « geek » vivant dans la cave de sa mère et jouant à des jeux de rôles codifiés dans d’épais volumes de règles… ?

Mais, au-delà, la série pose ce faisant la question de l’utilité de l’histoire dans un univers de fantasy. Les scènes qui se déroulent dans les bibliothèques ont souvent un rapport au passé, à l’ascendance des personnages : c’est là que Daenerys révèle à Sam ce qu’il est advenu de son père et de son frère, là que Sam comprend qui est Jon. Les bibliothèques sont ainsi représentées, explicitement ou implicitement, comme le lieu où se conserve et où se révèle la vérité du passé. Ce qui est particulièrement intéressant dans une série qui ne cesse de mettre en doute la notion même de vérité historique, notamment en éclatant les voix narratives entre plusieurs personnages dont les versions sont extrêmement divergentes (pensons au récit fait par Jaime Lannister de son assassinat d’Aerys). Les archives semblent dès lors détenir une véritable autorité. Est-ce dès lors tellement surprenant que Brandon Stark, détenteur de la mémoire du monde, finisse par devenir roi ? Mais en même temps, la série s’achève sur un ultime pied de nez à cette vision, avec un livre d’histoire « oubliant » de citer Tyrion… Ce qui invite dès lors à sérieusement nuancer le crédit qu’on peut accorder à ces écrits d’hier. Est-ce une façon de dire que l’histoire n’a pas de vérité propre ?

Il s’agira ainsi dans cette communication d’analyser le discours que Game of Thrones et A Song of Ice and Fire tiennent sur l’histoire, sur ses sources, ses modalités d’écriture et, ce faisant, sur les historiens. Entre cliché de « l’histoire secrète », ressort narratif très classique dans la fantasy ou dans les thrillers historiques, et mise en abyme du récit – puisque ce livre d’histoire final porte le titre de la saga elle-même – on se demandera ce qu’une série télévisée fait du matériau historique, et ce que cela dit du rapport que nous entretenons à l’histoire, comme discipline et comme modalité du récit.

Avec la présence de :

08 Mai 2020

Avec Justine Breton et Florian Besson (Une histoire de feu et de sang : Le Moyen Age de Game of Thrones), Thierry Soulard et Aurélie Paci (La Garde de nuit, Les mystères du Trône de fer I et II). Table ronde animée par Anne Besson. 

Bibliographie

  •  •	Avec Justine Breton, Kaamelott, (re)lecture de l’histoire, Paris, Éditions Vendémiaire, 2018. - Florian Besson

    • Avec Justine Breton, Kaamelott, (re)lecture de l’histoire, Paris, Éditions Vendémiaire, 2018.

  • •	Avec Pauline Guéna, Catherine Kikuchi et Annabelle Marin, Actuel Moyen Âge, Paris, Éditions Arkhé, 2017. - Florian Besson

    • Avec Pauline Guéna, Catherine Kikuchi et Annabelle Marin, Actuel Moyen Âge, Paris, Éditions Arkhé, 2017.

  • •	Avec Élise Banjenec, Julie Pilorget et Viviane Griveau-Genest, codirection de Créer. Créateurs, créations, créatures au Moyen Âge, Actes de la journée d’études de Questes du 5 et 6 juin 2015, à paraître aux Presses Universitaires de Paris-Sorbonne. - Florian Besson

    • Avec Élise Banjenec, Julie Pilorget et Viviane Griveau-Genest, codirection de Créer. Créateurs, créations, créatures au Moyen Âge, Actes de la journée d’études de Questes du 5 et 6 juin 2015, à paraître aux Presses Universitaires de Paris-Sorbonne.

  • •	Avec Jan Synowiecki, Écrire l’histoire avec des si, Paris, Presses de la rue d’Ulm, 2015 ; ouvrage nominé au Prix Spécial du Prix de l’Uchronie, 2015. - Florian Besson

    • Avec Jan Synowiecki, Écrire l’histoire avec des si, Paris, Presses de la rue d’Ulm, 2015 ; ouvrage nominé au Prix Spécial du Prix de l’Uchronie, 2015.

  • •	Avec Catherine Kikuchi de Questes, n° 30, L’Échec, l’erreur, la faute, octobre 2015. - Florian Besson

    • Avec Catherine Kikuchi de Questes, n° 30, L’Échec, l’erreur, la faute, octobre 2015.