Thème et pays invité

Thème

Comme chaque année, le thème retenu par les Imaginales est, sous forme de mot valise, une invitation à découvrir la fantasy, le fantastique, la science-fiction, mais aussi les contes et le roman historique.

Pour 2017, Épinal a choisi DESTINations , un mot fortement polysémique, qui invite les festivaliers à une série de balades au coeur de l’imaginaire : le voyage initiatique cher à la fantasy (et à la littérature jeunesse), le voyage intérieur propre au fantastique et à certains imaginaires (on songe à Christopher PRIEST), et le voyage spatial (ou space opera) qui fait à nouveau, sur grand écran et en littérature, le bonheur de celles et ceux qui continuent à rêver du futur ! Sans oublier le voyage dans le temps, ou l’uchronie : dans sa superbe trilogie anti-fasciste, l’auteure britannique Jo WALTON imagine un Royaume-Uni ayant conclu une paix séparée avec le IIIe Reich.

Mais DESTINations se décline aussi, au-delà de la notion de voyage, en interrogeant l’avenir des littératures d’imaginaire, confrontées à des bouleversements prévisibles mais au contenu encore incertain. Le sort, souvent menaçant et parfois tragique, des personnages de l’imaginaire, particulièrement en fantasy, sera également abordé.

Enfin, la fantasy et la science fiction, chacune à leur façon, mettent en scène des empires en expansion, mais aussi en déclin, en crise, voire en voie de dislocation, reflet des peurs d’aujourd’hui. Les écrivains s’interrogent ainsi avec nous, sous le masque de la fiction, et de façon intelligente et ouverte, sur l’avenir des nations.

Autant de sujets passionnants pour les cafés littéraires, tables rondes, conférences-débats, lectures publiques, petits déjeuners, déjeuners-débats, expositions, spectacles et séances de cinéma.

Les mondes imaginaires

Fantasy, roman historique, science-fiction, fantastique… Mais, c'est quoi tout ça ? En trois mots : tout ce qui ne relève pas du réalisme ou du roman psychologique. Aux Imaginales, on ne trouvera donc pas d'auteur qui ne raconte pas d'histoire ! Pas de récit autobiographique non plus… Comment s'y retrouver ? On essaie ?

La Fantasy

Un monde généralement archaïque ou de type moyenâgeux, où la magie joue souvent un rôle et où l’on croise rois et capitaines, sorciers et mercenaires, fées et princesses.

De l’aventure et le bonheur de lire avant toute chose !

Quelques noms : Robin Hobb (cycle Le Soldat Chamane, cycle L’Assassin Royal), Glen Cook (cycle La Compagnie Noire), Stephen R. Donaldson (cycle L’Appel de Mordant), Pierre Pevel (cycle de Wielstadt), Henri Lœvenbruck (cycle Gallica), Pierre Pelot (Konnar le barbant), et bien sûr J.R.R. Tolkien (Le Seigneur des Anneaux), etc.

La bit-lit

De la fantasy urbaine, qui mord (to bite = mordre) et qui assume totalement son statut de littérature de distraction ! Avec une succursale : la romance paranormale. Des vampires, des loups-garous, des fantômes ou des démons.

Littérature à succès, la bit-lit envahit les télévisions du monde entier (Buffy contre les vampires, True Blood, Vampire Diaries…), les salles de cinéma (Twilight) et la plupart des librairies.

Quelques noms : Laura K. Hamilton (Plaisirs coupables), Patricia Briggs (L’Appel de la lune), Jaye Welles (Métisse), MaryJanice Davidson (Vampire et fauchée), Cassandra O’Donnel (Pacte de sang).

Le roman historique

Un arrière-plan réaliste, où passent des silhouettes du passé connues des lecteurs, avec des personnages principaux et des aventures inventées, au moins en partie. Le modèle en est Alexandre Dumas et Les Trois mousquetaires.

La fusion du réalisme et de l’imaginaire.

Quelques noms : Ken Follet (Les Piliers de la terre), Jean-François Parot (Les Enquêtes de Nicolas Le Floc’h), Ellis Peeters (Frère Cadfaël), Jeanne Cressanges (Le Luthier de Mirecourt), Roy Lewis (Pourquoi j’ai mangé mon père), Mika Waltari (Sinouë l’égyptien), etc.

La science-fiction

Des mondes alternatifs, généralement situés dans un futur plus ou moins lointain, sur Terre ou dans l’espace, mis en scène avec un minimum de crédibilité.

De la conquête spatiale à la critique sociale. Mais l’interrogation éthique n’est pas loin !

Quelques noms : Johan Heliot (La Lune seule le sait), Alain Damasio (La Horde du contrevent), Stephen Baxter (Les Vaisseaux du temps), Andreas Eschbach (Des Milliards de tapis de cheveux), Dan Simmons (Hypérion), Jack Vance (Le cycle de Tschaï), et bien sûr Frank Herbert (Dune), etc.

Le fantastique

L’irruption de la « surnature » dans le monde réel. Gare aux fantômes, loups-garous, vampires et autres joyeusetés !

L’idéal pour se faire peur !

Quelques noms : Kai Meyer (La Fille de l’alchimiste), Elizabeth Kostova (L’Historienne et Drakula), Anne Rice (Lestat le Vampire, cycle des Vampires), Mélanie Fazi (Arlis des Forains), Francis Berthelot (Le Jeu du cormoran), Graham Joyce (Lignes de vie), et bien sûr Stephen King (Shining), etc.

Nombre d’invités du festival jouent dans plusieurs catégories comme Francis Berthelot (science-fiction, réalisme magique), Pierre Bordage (fantasy, science-fiction, roman historique), Jean-Louis Fetjaine (fantasy, roman historique), Alain Grousset (science-fiction, roman historique), Andrea H. Japp (polar, roman historique) ou Joëlle Wintrebert (science-fiction, roman historique). Sans oublier Pierre Pelot, l’auteur inclassable (roman noir, science-fiction, roman historique, littérature générale).

La Parabole du chat

Un genre littéraire ne se reconnaît pas à ses éléments externes. La présence d’un vampire, d’un dragon ou d’un extraterrestre dans un roman n’implique pas automatiquement, ipso facto, que l’œuvre relève du fantastique, de la fantasy ou de la science-fiction. Par contre, cela signifie que le texte s’inscrit dans le champ des littératures dites « non-mimétiques », appelées ainsi parce qu’elles ne cherchent pas à mimer la réalité – contrairement aux littératures « mimétiques », auxquelles appartiennent entre autres le mainstream (c’est-à-dire la littérature générale), le roman historique ou le polar.

Ce qui caractérise un genre littéraire, c’est son fonctionnement interne. Prenons un exemple. Imaginons que dans un roman, il y ait une scène où un chat demande à manger à son maître.

Si le chat se frotte et se refrotte contre la jambe de son maître, miaule à fendre l’âme, bref se comporte comme un chat ordinaire : vous êtes dans un roman relevant de la mimesis, c’est-à-dire de la littérature mimétique où la littérature mime le réel. Après, que ce soit un roman historique, psychologique, sentimental ou policier, peu importe, cela ne dépend pas du chat.

Maintenant, si le chat se met à parler pour réclamer son ron-ron, du style : « Alors, elle vient ma gamelle ? J’ai la dalle, moi ! », alors là, pour sûr, vous êtes dans la littérature non-mimétique, car un chat qui parle, cela n’existe pas dans notre univers connu. Reste à savoir dans quelle branche des littératures non-mimétiques nous sommes.

Si le maître manque de défaillir de stupéfaction, se demande s’il n’est pas en train de devenir fou, si ce chat n’est pas un suppôt de Satan, etc. et que, à la fin du roman, ni le maître, ni le lecteur n’ont de réponse : vous êtes dans le Fantastique.

Si la situation est admise, banale, mais que l’auteur ne justifie absolument pas cette situation extraordinaire, vous êtes dans la Fantasy.

Mais si l’auteur a rendu plausible cette situation, par des explications sérieuses ou pseudo-sérieuses (le chat est, en fait, un extraterrestre, un robot, ou bien il a subi des manipulations génétiques), alors vous êtes en pleine Science-fiction !

Denis Guiot
Directeur de collection

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