Le Prix Imaginales des Lycéens 2016 et son lauréat Paul Beorn

Tous les ans depuis 2005, le festival des Imaginales donne la parole aux élèves de la région Grand Est, qu’ils soient en primaire, au collège ou au lycée, pour élire leur roman préféré de la sélection annuelle. Revenons sur le Prix Imaginales des Lycéens 2016 (PIL)…

 

La sélection des œuvres qui sont soumises au vote des élèves se fait dès le mois de septembre par un comité de lecture du prix. Comme chaque année, il est présidé par Véronique Bart, agrégée de Lettres modernes au lycée Louis Lapicque à Épinal. Après un débat passionné, le comité a arrêté son choix sur cinq romans :

  • Paul Beorn, Le Septième Guerrier-Mage, Éditions Bragelonne
  • Lionel Davoust, Port d’âmes, Éditions Critic
  • Claire Krust, Les Neiges de l’éternel, Éditions ActuSF
  • Jérôme Noirez, Brainless, Éditions Gulf Stream
  • Aurélie Wellenstein, Le Roi des fauves, Éditions Scrinéo

Le 29 mars dernier, les lycéens ont rendu leur verdict. Cette année, c’est Paul Beorn qui a remporté l’adhésion des élèves de l’Académie Nancy-Metz, avec son roman Le Septième Guerrier-Mage.

 

 

Pour l’occasion, nous lui avons posé quelques questions auxquelles il a généreusement accepté de répondre, rien que pour vous.

Comment vivez-vous cette consécration par les lycéens de l’Académie Metz-Nancy ?

Paul Beorn : Je la vis un peu comme une fusée d’artifice dont on viendrait d’allumer la mèche : je suis sur un petit nuage, et j’ai envie de crier partout.

Quand j’ai su que le roman était dans la sélection, j’ai déjà sauté de joie une première fois. Je savais qu’il serait lu par des centaines de lycéens et, comme je n’imaginais pas une seconde avoir le prix (je suis comme ça, je pense toujours que ce sera un autre qui l’aura), cela suffisait déjà à mon bonheur.

Recevoir un prix, c’est toujours un immense honneur. Mais celui-ci, pour moi, c’est LE Prix, parce que ce n’est pas un jury qui le donne, ce sont des lecteurs. Et pas n’importe quels lecteurs : ce sont des lycéens, c’est-à-dire des lecteurs pas encore tout à fait adultes, mais plus du tout enfants non plus. Pour moi, c’est sans doute le public le plus difficile à satisfaire.

Quel rapport entretenez-vous avec le jeune public ?

PB : Ma première réaction, quand j’ai su que le roman était sélectionné, a été « mais… c’est un roman pour les adultes ! ». Ensuite, j’ai fait remarquer à mes amis qu’il y avait quelques scènes un peu osées dans ce roman, mais ils ont pouffé de rire et m’ont demandé si ce genre de choses me dérangeait vraiment quand j’étais lycéen. Evidemment, je me suis rendu compte à quel point c’était absurde. Au lycée, on a l’âge de tout lire. Alors est-ce vraiment un jeune public ?

Il se trouve que ces dernières années, j’ai écrit pour presque tous les publics, de 9 à 99 ans. Je ne vois pas vraiment de différence dans ma relation d’auteur avec les jeunes et les moins jeunes : chaque lecteur est unique. Bien sûr, nous autres, les auteurs, nous rencontrons souvent les collégiens ou les lycéens en groupes – en classe – contrairement aux adultes que l’on rencontre en salon individuellement. Mais si l’on prend le temps et l’attention d’écouter les jeunes lecteurs, on s’aperçoit qu’il n’y a pas vraiment de « jeune public », il y a juste des lecteurs différents. Chacun lit un roman à sa manière et apporte beaucoup de soi-même dans sa lecture.

La seule chose, peut-être, que j’aime particulièrement chez les jeunes lecteurs, c’est qu’ils n’ont aucun problème avec l’idée que, ce qui les motive dans la lecture, c’est d’abord le plaisir.

Parlez-nous de la genèse du Septième Guerrier-Mage ?

PB : L’idée générale du roman traînait quelque part dans un coin de ma tête depuis des années : un livre sur la liberté, celle de soi, celle des autres, celle d’être la personne que l’on a vraiment envie d’être et non pas celle que d’autres voudraient que nous soyons. Le personnage qui incarnait le mieux cette idée, pour moi, était un déserteur qui deviendrait le champion d’un village et qui devrait le défendre contre ses anciens camarades et son ancien maître. Et puis un jour, j’ai décidé de me lancer et j’ai imaginé la trame d’une histoire, scène par scène.

Mais là, je me suis retrouvé face à une difficulté que je n’avais pas prévue : il me fallait d’abord trouver le bon « ton » de Jal, le personnage principal. J’ai imaginé des listes entières de jurons, j’ai écrit des pages et des pages de dialogues (que j’ai jetées ensuite). Et un beau matin, j’ai enfin touché le ton juste, celui que je cherchais. C’était comme si je « rencontrais » ce personnage ; je me suis coulé dans sa personnalité et on est devenus deux bons copains.

Sauf que ce petit coquin de Jal m’inspirait toujours de nouvelles péripéties qui n’étaient pas du tout prévues dans mon plan initial. Le beau synopsis détaillé scène par scène que j’avais fièrement construit pour ce roman s’est retrouvé… au placard. Et je me suis mis à improviser en permanence – un peu comme Jal lui-même, d’ailleurs.

J’avais aussi deux « bêta-lectrices » qui suivaient de près la rédaction du roman et qui m’ont beaucoup aidé en cours d’écriture. C’est grâce à l’une d’elle, par exemple, que Gloutonne n’est pas morte au début de l’histoire. Elle m’a dit en gros : « tu touches à Gloutonne, t’es mort ». Je l’ai prise très au sérieux. J’ai donc conservé ce personnage jusqu’au bout et, maintenant que le roman est terminé, je pense que c’était un bon choix.

Ce roman a été beaucoup plus difficile à écrire que d’autres, j’en ai souvent effacé ou réécrit entièrement des pans entiers, je me suis arraché les cheveux sur chaque phrase pour trouver le mot juste, j’ai eu l’impression de me battre pour chaque chapitre comme Jal avec son passé. Mais le plaisir d’écrire a été présent à chaque minute, j’ai été très triste de poser le point final et de devoir dire au revoir à ma joyeuse bande de personnages.

 

Au-delà des répercussions économiques, le prix remplit un objectif général de diffusion de la lecture et des genres de l’imaginaire. Les lycéens participants découvrent des genres longtemps sous-estimés et dénigrés, mais aujourd’hui enfin reconnus ; leurs lectures leur permettent de faire des liens entre les différentes matières qu’on leur enseigne (histoire, littérature, sciences, économie, arts plastiques…). L’objectif majeur du prix est de donner la parole à ces jeunes : en participant, ils sont amenés à émettre leur point de vue, à argumenter, à prendre la parole dans des espaces non scolaires et à s’exprimer à l’écrit comme à l’oral.

 

Délibération des lycéens du lycée Louis Lapicque pour le PIL 2016 © Ville d’Épinal

En 2013, Marina, élève de 1ère au lycée Louis-Lapicque d’Épinal, déclarait au magazine Phosphore : « Je ne lis jamais autant que lorsque je participe aux Imaginales […]. Les élèves qui participent sont tous volontaires. On fait tourner les romans en classe, et on en discute lors de cafés littéraires qu’on organise au CDI. […] Chacun donne son avis sur ce qu’il a lu : l’intrigue, les personnages, l’écriture… […] On prépare aussi nos arguments pour la délibération finale, où deux représentants des douze lycées participants doivent défendre l’auteur arrivé en tête dans leur établissement. Une vraie bataille à gagner ! Ça change du quotidien du lycée : les histoires qu’on lit nous laissent plus rêveurs que les classiques au programme et là, notre avis compte vraiment. »

 

Remise des prix des PIL et PIC aux Imaginales 2015 © Ville d’Épinal

Tout est dit, les jeunes se sentent impliqués dans le monde du livre et y prennent plaisir. Pour ceux qui ne l’avaient pas encore, ils découvrent le goût de la lecture tout en apprennent à s’exprimer en public, à soutenir une opinion et à faire un choix.
Le prix n’est pas seulement un outil pédagogique, c’est aussi l’occasion pour les élèves de rencontrer les auteurs des livres qu’ils ont lus dans des ateliers d’écriture ou simplement des débats, des échanges. C’est aussi un moyen de les intéresser et de les intégrer à la vie culturelle de la région en leur proposant d’être présent sur les Imaginales à la fin de l’année scolaire.

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