Marie Kergoat

  • Universitaires, scientifiques et historiens
  • Française

Présentation

Marie Kergoat est étudiante en Master 2 de Littérature générale et comparée et en Master 2 Aires Anglophones à l’université de Rennes II, ses mémoires (en cours) portent respectivement sur la question de la contrainte merveilleuse en fantasy contemporaine (étude comparative entre The Lord of the Rings de J.R.R. Tolkien et A Song of Ice and Fire de G.R.R. Martin), reposant sur la tension générique entre liberté magique et contraintes de cohérence ; et sur la problématique de la traduction des noms propres dans Le Trône de fer (G.R.R. Martin). Elle fait partie du Laboratoire des Imaginaires (association étudiante basée à Rennes, qui a pour objectif la promotion et la valorisation des travaux étudiants sur les médias de l’imaginaire, au niveau master et doctorat, ainsi que la diffusion de la culture des imaginaires au travers de rencontres avec le public).

Programme

05 Mai 2020

Le réalisme historique en question

À l’heure où les rayonnages de fantasy débordent d’œuvres encensées pour leur noirceur, il semble loin le temps où le nom de « J.R.R. Tolkien » apparaissait en quatrième de couverture, véritable gage de qualité d’une œuvre qui serait, du fait cette affiliation, digne d’être lue. Mais après des décennies de rayonnement, Le Seigneur des Anneaux paraît avoir perdu de son éclat : il semblerait que l’on qu’on soit en train d’assister à la fin de cet âge qui avait fait la gloire du genre. Car celui qui répond pourtant au surnom de « Père de la fantasy » paraît bel et bien avoir été déchu de son titre, par celui-là même qu’on surnomme « le Tolkien américain », à savoir G.R.R. Martin. De son côté, A Song of Ice and Fire paraît tout bonnement avoir remplacé Le Seigneur des Anneaux dans l’imagerie populaire, si bien que le genre entier serait désormais défini par celui-ci, après une véritable « ère » de fidélité aux codes du parangon tolkienien. Ainsi et par un curieux phénomène de phagocytose, G.R.R. Martin, nourri de l’œuvre du britannique et grand admirateur de celui-ci, a fini par nous livrer une œuvre qui rend autant hommage au Magnum Opus qu’il l’outrage. En cause, cette même noirceur qui vient répondre à l’idéalisme de l’œuvre source, et supposément permettre le renouveau de cette fantasy qu’on disait essoufflée après des décennies d’œuvres épiques dans la veine tolkienienne. Mais si le succès fulgurant de ce réalisme obscur a offert au genre une visibilité et une reconnaissance critique encore plus grandes, il serait légitime de questionner cette nouvelle poétique en regard de l’essence-même de la fantasy. En donnant au genre des couleurs réalistes, et en essaimant dans son chemin une importante progéniture, A Song of Ice and Fire n’aurait-il pas simplement tué la magie inhérente à la fantasy ? Autrement dit, au-delà d’un potentiel nouveau modèle générique, ne ferait-on pas face à la déperdition endogène du genre lui-même, dépossédé du même merveilleux qui l’avait enfanté ? G.R.R Martin aurait donc ainsi succédé à J.R.R. Tolkien sur le trône du genre, certes, mais pour devenir « king of the ashes1 ».

1 Lord Varys à propos de Petyr Baelish « Littlefinger ». Game of Thrones, saison 3, épisode 04, « And Now His Watch Is Ended ».

Avec la présence de :