07 Mai 2020

Après-midi

GoT en France, traduction et réception

Si la saga s’est peu à peu révélée profitable pour les éditions Pygmalion et J’ai lu et ce, avant même que la série produite par HBO ne la propulse au sommet des ventes en littératures de l’imaginaire, la translation du Trône de fer de G.R.R. Martin auprès du lectorat français ne se fit pas sans un certain nombre de polémiques – à commencer par celles touchant au premier traducteur, Jean Sola, qui par ses choix et ses errances réussit à diviser les lecteurs, nombre d’entre eux lui reprochant une forte tendance à la « médiévalisation » (en réalité à l’ennoblissement et à la vulgarisation) et surtout des incohérences et des maladresses en trop grand nombre. Après plus de dix ans sur l’oeuvre de Martin, le traducteur se vit finalement écarter du projet et remplacer par Patrick Marcel en 2011, peu avant la sortie de l’adaptation audiovisuelle de la saga et les promesses de reconnaissance publique que celle-ci comportait. De quoi nourrir les attentes des fans, pris entre leur désir de continuité d’un tome à l’autre et celui de voir le style de l’auteur d’origine davantage pris en compte dans la traduction en français.

Quelques années plus tard, cependant, le « style traductif » de Marcel reste dans l’ombre, ses réussites comme ses échecs voilés par les outrances de son prédécesseur. Privé de la possibilité de réviser l’oeuvre de Sola, le nouveau traducteur du Trône de fer paraît, au premier abord, prisonnier de choix traductifs effectués bien avant sa venue et capable seulement de s’illustrer par des déclarations de principe et une capacité à ne pas faire de vagues. Nos propres études sur la traduction de la saga se sont, il faut le reconnaître, elles-mêmes davantage concentrées sur ce que

Marcel faisait à Sola que sur ce que Marcel faisait à Martin. Le but de cette communication serait d’effectuer une forme d’inversion de point de vue afin de remettre Marcel sur le devant de la scène, aller par-là les promesses publiques pour examiner la matière textuelle même et essayer de répondre à la question, toujours délicate, de l’identité traductive : Westeros a-t-il trouvé un nouvel ambassadeur ou ce deuxième traducteur n’est-il, au fond, que le prisonnier du Trône de fer ?

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GoT en France, traduction et réception

La sortie d’une saison de Game of Thrones est devenue, au fil des années, un évènement médiatique. La presse écrite n’échappe pas à la règle. Ainsi, une recherche, portant sur le titre de la série et effectuée dans la base de données Europresse, aboutit-elle à 139 568 entrées (2011-2019). Pour la seule presse quotidienne nationale, le résultat s’élève encore à 1 785 articles. Ces chiffres sont, à plus d’un titre, remarquables. En effet, son genre, la dark fantasy, l’aurait traditionnellement cantonnée à une certaine niche culturelle. Au même titre que la constitution de communautés de fans ou ses reprises multiples et variées (y compris, avec des succès variables, par des acteurs politiques et des institutions publiques), cette surmédiatisation de Game of Thrones fait partie intégrante de ce phénomène culturel ; phénomène qu’il convient ici d’interroger en s’appuyant sur une analyse d’un segment du champ médiatique : la presse écrite. Plus précisément, en raison même de l’importance du corpus, nous nous limiterons à une étude de la réception médiatique de Game of Thrones dans la presse quotidienne nationale.

La communication articulera deux niveaux d’analyse. A un premier niveau, nous mettrons en œuvre une analyse quantitative portant sur l’ensemble de la presse quotidienne nationale entre 2011 (première diffusion en France du premier épisode de la première saison) et 2019 (première diffusion en France du sixième et dernier épisode de la huitième saison). Il s’agira ici de questionner comment se construit dans le temps la popularité de la série et donc, in fine, de déconstruire la notion de « série à succès ». Dans un second temps, l’analyse sera plus qualitative et portera sur le contenu des articles consacrés à cette série dans trois titres de la presse quotidienne nationale (Le Figaro, Le Monde, Libération) afin d’appréhender comment ces titres de presse se saisissent et participent à la construction de Game of Thrones comme série à succès. La série est-elle cloisonnée dans certaines rubriques journalistiques, et peut-on constater une évolution de ce traitement ? Observe-t-on un traitement différencié de Game of Thrones reprenant les différenciations politico-médiatiques et de publics de ces entreprises de presse ? La série est-elle évoquée pour ses thématiques, sa réalisation ou en raison même de son succès ?

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