04 Mai 2020

Après-midi

Une fin en trompe-l’œil

Les prophéties sont un attendu de tous les univers de fantasy – qui bien souvent n’en comptent qu’une, dite « la prophétie », que l’on retrouve parfois dans le titre de l’œuvre et qui guide tout le destin du héros.

Dans l’univers du Trône de fer, les prophéties sont partout. Le lecteur croise près de 35 prédictions, visions et autres divinations. Elles façonnent le monde et les relations entre les personnages. Certaines résultent de phénomènes explicitement magiques. D’autres sont à la frontière du fantastique et du rêve. Quelques-unes ressemblent davantage à des justifications bien opportunes, ou ne sont peut-être que des expressions imagées mal comprises.
Toutes font la joie et le malheur des lecteurs qui, en attendant la parution des prochains tomes, s’interrogent sur le sens à donner à telle ou telle prophétie et discutent des différentes interprétations possibles au sein des communautés de fans.

Mais comme le dit Daenerys Targaryen, « les prophéties sont composées de mots, et les mots sont du vent » [Intégrale 5, Daenerys IV]. Or, le monde d’A Song of Ice and Fire est un monde de mots. Et contrairement à bon nombre d’autres mondes de fantasy, les prophéties y constituent plus souvent des pièges que le début d’une quête initiatique.

En s’appuyant à la fois sur des anecdotes historiques issues des périodes historiques préférées de George R.R. Martin et sur les possibilités du vocabulaire polysémique, cette communication cherchera à identifier comment l’auteur du Trône de fer renouvelle le cliché des prophéties dans la littérature de Fantasy, et ouvre la porte à une écriture d’histoires de fantasy plus adultes, plus subtiles, où les prophéties sont paradoxalement à la fois au cœur de l’œuvre et ouvertes à toutes les interprétations.

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Une fin en trompe-l’œil

Des espoirs apparemment brisés du jeune héros à l’accomplissement, malgré tout, de son destin tout tracé, d’un pouvoir féminin brièvement émancipateur à la diabolisation éculée des femmes puissantes, Game of Thrones invite à s’interroger sur les parcours tout tracés des personnages de fantasy. En s’appuyant sur une série de topoï du genre, inspirés principalement de la littérature épique et des contes de fées, Game of Thrones détourne peu à peu les pistes narratives dans ses premières saisons, suivant la trame établie par George R.R. Martin dans A Song of Ice and Fire, mais peine à proposer sur le long terme une alternative aux modèles efficaces de la fantasy. Dans une tentative de déconstruire ces topoï, la série finit à plusieurs reprises par sombrer de plus belle dans les clichés du genre, en particulier pour ce qui est de la relation des personnages au pouvoir. La dialectique construite tout au long des épisodes, faisant se confronter des représentations traditionnelles et des propositions innovantes pour le parcours des personnages, est finalement corrompue par le recours final à des schémas datés.

Étudier plus en détail le parcours de ces personnages, et notamment de ceux possédant des arcs narratifs longs et survivant donc jusqu’à la fin de la série, permet de souligner le caractère attendu de leur aboutissement1 – dans tout ce que la résolution des aventures implique de contradiction pour le spectateur, entre soulagement et déception. Il s’agira, dans cette intervention, d’approfondir une partie des pistes narratives explorées conjointement par Martin et les showrunners de la série, afin de comprendre comment et pourquoi la fin de Game of Thrones renoue avec les clichés de la fantasy après les avoir savamment déconstruits.

1 Game of Thrones, saison 8, épisode 6, “The Iron Throne”.

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