Présentation

Ambivalence(s) des frontières

Les 14 et 15 octobre 2021
dans le Grand salon de l’Hôtel de Ville d’Epinal
Colloque scientifique

Pour sa troisième édition, le CERII (Centre d’Études et de Recherches Interdisciplinaires sur l’Imaginaire), dirigé par Céline Bryon-Portet et co-dirigé par Georges Bertin, en partenariat avec les IM&E, la direction des Affaires culturelles de la ville d’Epinal et la Société d’ethnologie française, organise un colloque scientifique sur le thème « Ambivalences des frontières ».

Les frontières sont omniprésentes, dans nos vies comme dans nos sociétés, dont elles délimitent les territoires, précisent les identités et régulent les flux. Elles permettent de distinguer, de séparer, de définir, d’établir des contours et de déterminer des périmètres d’action. Extérieures ou intérieures, elles semblent donc consubstantielles à toute existence humaine.

À l’instar de la porte, telle qu’elle fut analysée par Georg Simmel, la frontière a cette double fonction de fermer et d’ouvrir, d’interdire le passage ou au contraire de l’autoriser, d’éloigner ou de réunir : « parce que l’homme est l’être de liaison qui doit toujours séparer, et qui ne peut relier sans avoir séparé – il nous faut d’abord concevoir en esprit comme une séparation l’existence indifférente de deux rives, pour les relier par un pont. Et l’homme est tout autant l’être-frontière qui n’a pas de frontière » (Simmel, 1988). C’est dire toute l’ambivalence dont la notion de frontière est investie. Une ambivalence qui se traduit également par les valeurs contradictoires qui lui sont attachées : considérées comme négatives ou positives, néfastes ou bénéfiques, honteuses ou protectrices, selon les situations, les individus, les pays et les époques, « en fonction des anxiétés collectives » (Fassin, 2012), les frontières sont tour à tour élevées et levées, encensées et critiquées.

Les sociétés modernes occidentales ont été progressivement tentées d’opérer un dépassement de toutes les frontières, matérielles et immatérielles, concrètes ou virtuelles, physiques ou symboliques. Le préfixe « trans » est d’ailleurs à la mode : transnational, transgenre, transidentité, transsexualité, transdisciplinarité, transhumanisme, transculturel… Selon Bruno Chaouat, le « désir TRANS » serait le propre de l’homme si l’on admet, aux côtés d’Albert Camus, que « l’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est » (Chaouat, 2019) ; un désir « TRANS » qui paraît s’être emballé au cours des dernières décennies… Au point que le trans-frontiérisme se mue en sans-frontiérisme.

Pourtant, on n’a peut-être jamais autant parlé des frontières que depuis qu’on a prétendu vouloir les abolir. Ainsi, après avoir rêvé d’habiter, aux côtés de Marshall McLuhan, un « village planétaire », puis réalisé la libre circulation des personnes grâce à la création de l’espace Schengen, certains de nos concitoyens se sont insurgés – aux côtés de Régis Debray (2010) – contre le sans-frontiérisme. D’aucuns ont même bâti des murs entre les pays et aujourd’hui la pandémie de Covid-19 pousse les gouvernements à rétablir des contrôles aux frontières pour enrayer la propagation du virus.

La question du frontiérisme ne saurait se cantonner à une dimension spatiale : les débats autour de la laïcité, les études sur le genre, les communautarismes, l’antis-pécisme, la crise des identités sociales et culturelles, le posthumanisme, la promo-tion de la transdisciplinarité, sont autant de sujets qui interrogent les limites, les barrières, les territoires, la dialectique entre le dedans et le dehors, les marqueurs du même et de l’autre…

Ce colloque aura précisément pour objectif d’étudier la nature ambivalente des frontières, qui sont autant des points de contact que des obstacles (ce dont atteste l’origine militaire du mot, tiré du latin « frons », « frontis »), qui oscillent entre ouverture et fermeture, inclusion et exclusion. Il étudiera aussi l’évolution des per-ceptions et représentations entourant une notion complexe et multidimensionnelle, exprimée par la richesse sémantique de la terminologie (en anglais « frontier », « bounds », « boundary », « limits »…), dont l’usage reste parfois flou dans les sciences humaines et sociales. Les contributions pourront aussi effectuer une analyse cri-tique de l’utilisation de cette notion par les sciences sociales qui, en la soustrayant à la dimension concrète qu’elle possède en géographie, opèrent souvent, à travers elle, « par analogie », « par glissement métaphorique », au risque d’une banalisation et d’un dévoiement scientifique (Mathieu et Rossel, 2019, p.6).

Interdisciplinaire, le colloque explorera trois axes principaux : frontières spatiales et matérielles ; frontières sociales et culturelles ; frontières symboliques et imaginaires (voir l’appel à contributions complet : https://calenda.org/881349)

Partenariats IM&E, Société d’ethnologie française (représentée par Dr Audrey HIGELIN) Ville d’Epinal et Imaginales

 

Programme du colloque universitaire 2021

Colloque Frontières Épinal

Invités